Dossier Greenpeace – Préambule

Avec le WWF, Greenpeace est probablement l’ONG environnementale la plus connue au monde. Ses méthodes d’action directe et leur originalité lui ont conféré une reconnaissance médiatique et lui assurent le soutien financier de plus de trois millions de donateurs. A l’instar de ses fondateurs, elle continue, après près d’un demi-siècle d’activité, à se présenter comme David combattant le Goliath que symbolisent les divers intérêts politiques comme économiques, nationaux comme mondiaux. Pourtant, cette ONGE (écologiste), elle-même devenue transnationale depuis au moins la fin des années 1970, reste-elle vraiment ce qu’elle prétend être[1] ? Son propre développement comme celui, exponentiel[2], des acteurs de la « société civile » depuis les années 1990, suscite de nombreuses interrogations quant à son évolution et à son engagement. C’est en effet à cette époque que le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) a accordé un statut consultatif aux ONG qu’il considère comme aptes à « contribuer de façon fructueuse et occasionnelle au travail du Conseil ou de ses organes subsidiaires[3] ».
Ces questions en amènent d’autres, plus délicates, sur les motivations et les choix des actions de la célèbre ONG. En effet, au-delà de sujets essentiels et consensuels comme le Traité transatlantique, la malbouffe, la pollution, la disparition des abeilles ou des enjeux de santé comme la lutte contre les perturbateurs endocriniens, Greenpeace a subi, à plusieurs reprises, des critiques diverses : amateurisme, cibles faciles pour redorer son blason et se médiatiser, erreurs, omissions, mais aussi dogmatisme.

Ancien membre de la première heure de Greenpeace, Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, critiquait avec son franc-parler l’évolution de Greenpeace vers le soutien à la chasse au phoque et leur absence dans d’autres domaines : « Jon Burgwald a annoncé au nom de Greenpeace que Greenpeace soutient la chasse au phoque « durable ». […] Greenpeace est maintenant une marionnette dans les mains de l’industrie de la fourrure et de l’intérêt du Canada à exporter de la fourrure à la Chine. […] Combien de temps avant que Greenpeace soutienne les opérations illégales de chasse à la baleine au Japon au sujet desquelles ils continuent à récolter des fonds pour des campagnes qu’ils ne réalisent jamais en vérité ? La dernière fois qu’un bateau de Greenpeace a vogué sur l’océan Austral pour défendre des baleines, c’était en 2007 et pourtant les courriers de demande de financement continuent à être envoyés pour demander des dons afin de sauver les baleines[4]. »
Patrick Moore, cofondateur de Greenpeace et ancien directeur de l’ONG, aujourd’hui conseiller en développement durable pour les entreprises, adressait lui aussi des critiques à Greenpeace, dont il qualifie l’activité d’ « environnementalisme religieux » et regrette l’absence de rigueur scientifique : « La campagne pour l’élimination du chlore de tout usage humain a été décidée [au milieu des années 1980]. Je n’en ai pas cru mes oreilles : ils parlaient d’éliminer un élément du tableau de Mendeleïev et ignoraient délibérément certaines avancées indéniables comme la chloration de l’eau en santé publique ou le rôle de la chimie du chlore en médecine. C’était indéfendable[5]. » En parallèle, Moore défend le nucléaire civil, le PVC (« l’un des matériaux les plus polyvalents et les moins toxiques jamais inventés ») et les OGM.

Notes

[1] En 2015, on vit par exemple Kumi Naidoo, alors directeur exécutif international de l’ONG, intervenir aux côtés de l’influent George Soros lors de la Conférence sur la sécurité de Munich (qui regroupe chaque année plusieurs centaines de hauts décideurs et dispose de puissants soutiens : https://www.securityconference.de/en/about/supporters/), lors d’une table ronde comprenant également Martin Schulz (président du Parlement européen), Jan Eliasson (secrétaire général adjoint des Nations unies), et Ian Bremmer (président-fondateur de l’Eurasia Group, grande entreprise de conseil en risque politique) : https://www.securityconference.de/en/media-library/munich-security-conference-2015/image/panel-discussionthe-world-in-2015-collapsing-order-reluctant-guardians/

[2] Ryfman (Philippe), Les ONG, éditions La Découverte, 2014.

[3] http://csonet.org/?menu=132 La liste des ONG dotées du statut consultatif auprès de l’ECOSOC sont à jour de septembre 2016 : http://undocs.org/E/2016/INF/5

[4] http://www.seashepherd.fr/news-and-media/edito-20160127-fr-01.html

[5] http://lesobservateurs.ch/wp-content/uploads/2014/03/Nucl%C3%A9aire-Greenpeace-se-trompe-C.Riva-P.-Moore-Le-Matin-16-11-2008.pdf

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